Jeux de pouvoir et créativité, pourquoi ce blog
La culture est ce qui fait de nous des êtres humains en mettant à distance, en civilisant nos pulsions primaires. La culture est triste quand elle cherche à détruire purement et simplement ces pulsions, elle devient joyeuse quand elle leur donne une nouvelle dimension, quand elle les valorise.
Cultiver la sexualité, c’est y faire intervenir une certaine créativité, de la diversité et du sens, en s’inspirant de ce que d’autres proposent. Du sens, car il ne suffit pas de faire n’importe quoi de jamais tenté pour que ça puisse plaire. En matière sexuelle, ce qui fait sens, au delà de la procréation et de ce qui en découle, c’est l’union à la vie, ressentie comme force créative par excellence.
Internet permet aujourd’hui d’accéder facilement à cette créativité de l’espèce humaine. On ne trouve guère cependant de créativité en matière de sexualité dans la pornographie grand public. Mais on en trouve beaucoup plus dans la production dite “BDSM”, ce qui signifie “bondage, domination, soumission, masochisme”. Il faut remarquer ici qu’il n’y a pas le terme de sadisme qui en son sens propre exclut le consentement dans la relation sexuelle puisque c’est le plaisir d’infliger un traitement quelconque à quelqu’un contre son gré. Comme l’observait Gilles Deleuze, il n’y a rien qui intéresse moins un sadique qu’un masochiste, car par définition le masochiste aurait tendance à consentir à la souffrance qui lui est infligée.
Ce que le BDSM permet d’explorer, c’est de quelle façon on peut s’unir à la vie universelle avec la souffrance qui la caractérise d’un côté mais en la transformant en plaisir partagé. La vie qu’il s’agit ici d’aimer et de cultiver, à travers la sexualité, c’est le dépassement permanent de soi. Au moment de leur union, le spermatozoïde et l’ovule doivent souffrir en changeant radicalement de forme. En naissant puis en grandissant l’enfant souffre. Là où ça pousse, il y a de la souffrance, car les nouvelles dents, les membres qui s’allongent, les organes qui se forment mais aussi les premiers apprentissages, prennent la place des anciennes formes qui ne faisaient plus souffrir. Mais là où ça pousse, il y a de la vie. Toute vie est transformation et toute transformation implique une souffrance. Mais cette souffrance qui ne peut être fuie est une souffrance qui fait grandir et qui peut donc réjouir.
A travers les jeux de pouvoir dans lesquels interviennent contraintes, soumission, humiliation etc. il s’agit d’apprivoiser la souffrance par laquelle on peut acquérir les vertus universelles que sont le courage, la fermeté, la modestie etc. Dans de nombreux peuples, il y a des rites d’initiation, par lesquels les sujets plus ou moins âgés choisissent de passer par des souffrances propres à les faire grandir, à faire d’eux des êtres humains accomplis. La pratique de jeux de pouvoir dans le couple peut être vue comme une forme de rituel initiatique qu’on adapte à nos latitudes.
Je propose ici des idées, en images ou texte, sur la volupté. Elle est pour moi plus qu’un simple plaisir charnel : une expérience de la puissance de la vie, cette force sans laquelle rien n’existerait, l’union à cette force. Cette union peut surtout être expérimentée entre deux personnes unies pour la vie, dans le mariage.
Le moment où cette expérience est la plus intense est la sexualité, mais cette dernière n’est rien sans une complicité partagée au quotidien, affectivement, intellectuellement autant que de façon sensuelle. Mais alors, la sexualité ne peut pas être réduite à une activité purement physiologique, à laquelle on ne s’adonne que par un besoin honteux qu’il faut remiser dans un coin sombre de la maison. Pour être magnifique, la sexualité demande une certaine mise en lumière. Il s’agit de dire, de montrer, d’échanger, en un mot de cultiver aussi intelligemment que possible ce comportement naturel pour en tirer une union renforcée à la vie.
Sur ce blog donc, j’essaierai de dire ou de montrer le fond de mes pensées, ce que je désire, ce qui me fait vibrer. Aucune des idées proposées n’a à être prise au sérieux. Ce sont des pensées qui peuvent apporter de la lumière, de la joie en étant partagées. Ou pas. Je ne les tiens pas pour des vérités sur ce par quoi il faudrait absolument passer pour connaître le bonheur, mais pour des idées à tester, intellectuellement, voire concrètement.
